Du plaisir tarifé pour handicapés

LIBIDO | La première volée romande d’assistants sexuels s’est présentée samedi.

© CAROLE PARODI | ​«Ceux qui imaginent que les handicapés ne connaissent pas de pulsions sexuelles sont dans la méconnaissance totale», affirme le psychologue François Planche.

FRANCINE BRUNSCHWIG | 16.06.2009 | 00:07

C’est une manifestation inédite qui s’est déroulée samedi dernier en fin d’après-midi dans la salle des Cantons du Buffet de la Gare à Lausanne. Une centaine de personnes proches des handicapés, au plan privé ou professionnel, étaient venues fêter la première volée d’assistants sexuels de Suisse romande. Dix personnes, six hommes et quatre femmes entre 35 et 55 ans, offrent désormais aux handicapés différentes prestations d’ordre corporel et érotique au prix de 150 fr. l’heure. Ils ont été formés à raison d’une vingtaine d’heures durant un an.

Tous avaient le sentiment de vivre une avancée importante. «Il y a vingt ans, on n’aurait pas osé y penser», a commencé par dire Catherine Agthe, sexo-pédagogue, présidente de sexualité et handicaps pluriels (SEHP) et cheville ouvrière du projet, avec sa collègue Françoise Vatré. Vingt ans? En 2003 – hier donc – Pro Infirmis Zurich et son projet de former des «caresseurs et caresseuses» avait suscité un tollé. Et dégoûté à tel point les donateurs que l’association avait annulé la formation. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Une douzaine d’assistants œuvrent en Suisse allemande. «Nous avons repris le projet de Pro Infirmis», a rappelé samedi Aiha Zemp, psychothérapeute, handicapée et responsable de la Fachstelle Behinderung & Sexualität (FABS) à Bâle.

Besoins reconnus
Le soutien apporté samedi par l’organisation suisse faîtière des institutions pour handicapés (INSOS), par Pro Infirmis Vaud et Genève, entre autres, montre qu’un premier tabou a été brisé. L’universalité des pulsions et besoins sexuels fondamentaux de l’être humain, handicapé ou non, sont reconnus. «On l’a toujours su mais on n’en parlait pas», se souvient Claude Mellot, ancien directeur de l’Espérance à Etoy, membre du conseil de fondation. En 1984 déjà, l’Espérance adoptait une charte sur les besoins affectifs et sexuels des handicapés.

Massage, aide à la masturbation, achats dans un sex-shop, etc.: l’assistant sexuel doit s’assurer que ses gestes sont adéquats, il se fixera ses limites (pas d’acte sexuel, en principe). «Nous avons pu nous convaincre de la légitimité de cette offre en recueillant les témoignages des soignants, des parents, des handicapés. Il y a une grande souffrance. Quand on est valide, on peut se débrouiller. Lorsqu’on est cloué sur une chaise, dans une situation de dépendance, c’est impossible», explique Catherine Agthe.

Pour Luc Recordon, venu samedi soutenir la démarche, l’assistance sexuelle est une «activité d’intérêt public que le monde politique doit regarder avec bienveillance». Pour le conseiller national, l’idéal serait bien sûr que les représentations liées «au mystère de l’attirance sexuelle» changent et n’excluent personne.

Par leur existence, les dix nouveaux assistants brisent un tabou. «Mais tout reste à faire», a relevé Christian Frey, directeur de la Fondation Clairbois, qui gère quatre foyers pour handicapés à Genève. «Il faut maintenant définir les modes d’intervention dans les institutions, dans le respect des handicapés, mais aussi des soignants».

Source : http://www.24heures.ch/

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