Un documentaire de Claire Hauter et Rafik Zenine
Dans le grand mouvement d’autonomisation des personnes handicapées, une question fait encore largement débat en France, celle de l’assistance sexuelle.

Cette prestation, qui a vu le jour en Hollande en 1980, est destinée aux personnes handicapées en grande dépendance. « C’est une suppléance sensuelle, explique la sexo-pédagogue Catherine Agthe-Diserens, pour des personnes, tous handicaps confondus, qui sont dans des déserts dans ce domaine. » Jusqu’à présent, leur seul recours consistait à s’adresser à des professionnel(les)s du sexe. C’est pour remédier à cette situation que tour à tour l’Allemagne, le Danemark, et, en 2003, la Suisse alémanique, ont mis sur pied des formations d’assistants sexuels, comme une réponse possible à la solitude des corps. En France, de nombreuses associations militent pour la rendre possible.

En Suisse romande, cette formation d’assistants sexuels est une première.
Sous la houlette de Catherine Agthe-Diserens, dix candidats ont été retenus. Qui sont ces pionniers ? Six hommes et quatre femmes, dont un Français, un Belge et un Québécois, venus de tous les horizons professionnels : kinésithérapeutes, infirmier, physiothérapeute, mais aussi un chef d’orchestre et deux ex-prostituées. Choisis sur dossier et sur entretiens, ils représentent tous les cantons suisses. Convaincus que la sexualité est le domaine privilégié de l’humanisation de l’homme, ils vivent depuis dix mois, à raison d’un week-end par mois, une aventure peu commune. Car le programme, dispensé par les formateurs, dont certains sont eux-mêmes handicapés, pose les questions fondamentales du rapport à l’intime, de la conception de la sexualité de chacun.
Outre des qualités d’équilibre psychologique et d’écoute de l’autre, les participants doivent connaître la spécificité des divers handicaps physiques et mentaux, maîtriser les contextes institutionnels, les aspects techniques, éthiques et juridiques de cette pratique naissante. Car la prestation d’assistance sexuelle, d’un strict point de vue juridique, reste à ce jour assimilée à la prostitution — légale en Suisse — même si elle s’en démarque sur le fond. Elle ne représentera d’ailleurs qu’une part secondaire de l’activité des futurs assistants qui continueront à exercer leur profession d’origine.
Pour « Sur les docks », Claire Hauter a pu, pendant trois jours, suivre une session de la cette formation qui met en jeu nos représentations sociales et rencontrer Lorenzo Fumagalli, formateur lui aussi et assistant sexuel en Suisse alémanique.
Ce sujet est une première : aucun autre média n’a été autorisé à suivre la formation à ce jour.

Avec :
Catherine Agthe-Diserens, sexo-pédagogue, présidente de l’association suisse Sehp (Sexualité et handicaps pluriels) ;
Lorenzo Fumagalli, kinésithérapeute et assistant sexuel en Suisse alémanique ;
Sheila Warembourg, formatrice et sexo-pédagogue ;
les étudiants Jacques, Christian, Judith, Jerry, Estelle, Jacmel, Madya, Philippe, Christine et Estival.

Productrice coordonnatrice : Irène Omélianenko
Productrice déléguée : Claire Hauter
Réalisation : Rafik Zenine

Source http://sites.radiofrance.fr/

Share This