Les premiers diplômés en «assistance sexuelle»

Dix Romands ont reçu hier un certificat d’assistant sexuel. Leur mission: aider les handicapés physiques ou mentaux à avoir une vie affective et sexuelle. Une pratique encore taboue

Alexandre Haederli – le 13 juin 2009, 20h27
Le Matin Dimanche

Désormais, la Suisse romande a aussi ses caresseurs professionnels. Après le Danemark, la Hollande, l’Allemagne et la Suisse alémanique, dix Romands ont reçu leur certificat d’«assistants sexuels» lors d’une cérémonie qui se déroulait hier à Lausanne.

Quatre femmes et six hommes, âgés de 35 à 56 ans, qui ont suivi une formation de 18 jours répartis sur une année. Le but? Apprendre à prodiguer des «soins érotiques» aux handicapés physiques ou mentaux. Câlins, caresses ou masturbation répondent à une demande de certaines personnes en mal d’affection. «Il n’est en revanche pas prévu que la pénétration et la fellation soient pratiquées par les assistants sexuels», précise Catherine Agthe Diserens, sexo-pédagogue et présidente de l’Association Sexualité et Handicaps pluriels (SEHP) qui a mis sur pied la formation.

Si elle répond à un besoin (la SEHP déclare recevoir au moins une demande par semaine), l’assistance sexuelle aux handicapés ne fait de loin pas l’unanimité au sein du grand public. En 2003, Pro Infirmis avait tenté de lancer une formation similaire à Zurich, avant d’y renoncer par peur de perdre le soutien d’une partie importante de ses donateurs. En Suisse romande également, l’annonce de la création de ce diplôme avait suscité la polémique.

Le conseiller aux Etats Luc Recordon, venu faire une allocution à l’occasion de la remise des certificats, soutient cette initiative depuis le début. Il estime pourtant que ce type de réaction peut se comprendre: «Cela brise un double tabou: celui de la sexualité des handicapés et celui de la sexualité rémunérée.»

Assimilés à des prostitués

En effet, les assistants sexuels facturent leurs prestations. Comptez 150 francs l’heure. Leur certificat, reconnu par la Fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive Planes, leur permet d’exercer en tant qu’indépendant. D’un point de vue administratif, ils seront toutefois considérés comme des prostitués. «Il n’existe pas de statut juridique particulier, explique Catherine Agthe Diserens. Mais les assistants sexuels ne s’en formalisent pas. Ils font cela avant tout par idéologie, pour venir en aide à des personnes qui en ont besoin.»

Autre crainte souvent évoquée: celle du risque d’abus sexuels sur des personnes souffrant d’un handicap mental. «Pour éviter à tout prix ce type de problème, nous avons procédé à une sélection très sévère», raconte Catherine Agthe Diserens. Sur les 80 candidats, seuls douze ont été retenus après des entretiens approfondis et une vérification de leur casier judiciaire. Deux personnes ont ensuite abandonné la formation en cours de route.

«Nous nous donnons deux ans pour évaluer le travail effectué avec cette première volée avant de décider si nous en formons d’autres», conclut Catherine Agthe Diserens. Ce qui pourrait s’avérer nécessaire pour satisfaire tous les types de demande: parmi les diplômés, aucun ne pratique par exemple de relations homosexuelles.

Source : http://www.lematin.ch/

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